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De raphia et de soie, roman

Premier extrait

— J’ai envie d’autre chose et surtout de soleil. Tu vois, pour cette belle journée, on en aura dix autres avec de la pluie.
Emmanuel parlait vite, très vite comme lorsqu’on a répété un texte à de nombreuses reprises.
Paul ne pouvait pas le contredire, entourés de boue comme ils l’étaient l’un et l’autre à côté de la voiture d’Emmanuel.
— Tu as bien réfléchi, tu te rends compte dans quelle situation tu peux me mettre, relança Paul.
— Oui, j’ai bien réfléchi, je crois que j’ai fait le tour ici, répondit Emmanuel fermement.
— Je ne peux rien faire pour te retenir ? Une augmentation, d’autres conditions, reprit Paul après une longue hésitation. Il n’est jamais bon dans une négociation de montrer sa faiblesse, mais là il ne pouvait cacher l’importance qu’avait son employé principal, la plaque tournante de son entreprise. Il sentait souffler le vent de la catastrophe sur Progésis car Emmanuel au cours de ces cinq années avait su se rendre indispensable et plus précisément durant ces derniers mois où Paul avait pu se décharger de quasiment tous les rendez-vous de chantier avec les promoteurs.
— Non, je te remercie de me prêter autant d’importance mais ma décision est prise, répondit Emmanuel sur un ton de plus en plus ferme. 
La quarantaine énergique, pas beau garçon mais doté d’un certain charme, il avait laissé échapper au cours d’un repas qu’il avait une amie depuis quelques temps. Cette confidence mise à part, Paul se rendit compte à l’instant qu’il savait très peu de choses sur son bras droit. En juillet dernier il l’avait invité à dîner en tête-à-tête pour arroser les résultats du premier semestre de l’année qui avaient été excellents. Emmanuel en avait été surpris et flatté tout à la fois. 
Le soir donné, ils s’étaient donné rendez-vous à l’entrepôt de Progésis à 19 heures. Ils avaient alors pris la voiture de Paul qui les avait conduits aux abords de Reims pour stopper à l’Auberge de Pouilly, restaurant gastronomique réputé de la région. Ses deux étoiles au Michelin justifiaient les quatre-vingts kilomètres qu’il avait fallu parcourir pour le rejoindre.
La lourde voiture s’engagea dans le parc aux grands arbres après avoir dépassé le mur d’enceinte construit à pierres vues. Les nombreux arbres dominaient les futaies éparpillées. Le long ruban, blanc calcaire, serpentait entre merisiers et immenses chênes. Des lampadaires illuminés placés sur le côté droit cadençaient le cheminement du véhicule et, même si Paul ne l’avait jamais interrogé, il était certain qu’Emmanuel n’avait jamais mis les pieds dans un tel endroit.
Une jeune femme les attendait en haut des marches.
— Bonsoir Messieurs, vous avez réservé ? questionna-t-elle avec un sourire d’une douceur toute naturelle.
— Oui, une table pour deux au nom de Créteau. 
Paul avait l’habitude de se rendre dans de beaux endroits, par goût mais aussi par obligation, pour « sortir » ses gros clients : restaurants renommés, opéra ou encore cabarets à paillettes selon les interlocuteurs.
Après avoir vérifié leur réservation sur un très gros livre posé sur une console Louis XV marquetée et ouvragée, elle les mit entre les mains d’un chef de rang qui les accompagna jusqu’à leur table que Paul avait demandé isolée et calme pour un entretien d’affaires.
La grande salle était plongée dans une atmosphère feutrée. Les murs étaient occupés sur les parties basses par des boiseries dont chaque panneau représentait une scène de chasse différente taillée à même les chênes qui avaient été mis à mal pour l’occasion. Les tables rondes de diverses tailles, recouvertes de nappes immaculées tombant jusqu’au sol étaient occupées, pour quelques-unes, par des convives consultant la carte ou dégustant déjà quelques flûtes de champagne.
La table que leur désigna le garçon vêtu d’un costume sombre impeccable était placée sous une fenêtre par laquelle on pouvait deviner une partie d’un magnifique jardin de fleurs où se côtoyaient lys, roses et lupins entourant un bananier de belle taille installé au centre du parterre.
— On va être bien ici, dit Paul tout en remerciant d’un geste habitué le serveur qui repoussait sa chaise pour lui permettre de s’assoir sans effort.
Emmanuel ne répondit pas, occupé à prendre place à son tour. Il ne semblait pas à son aise, le luxe de l’endroit ne lui était décidément pas coutumier.
— Champagne ? lui lança Paul dans un franc sourire. 
— D’accord, champagne. C’est vraiment un bel endroit, ajouta-t-il afin de lancer une conversation.
Paul et lui travaillaient ensemble depuis quatre ans maintenant mais, à part quelques déjeuners pris rapidement entre deux chantiers, c’était la première fois que son patron l’invitait vraiment, et de quelle manière !
— Oui, j’y viens de temps à autre, c’est très agréable, répondit Paul.
Le chef de rang revenait les bras chargés des cartes qu’il leur distribua ajoutant celle des vins pour Paul que l’âge, la prestance et peut être la répétition des visites devaient faire deviner comme l’hôte de cette table.
— Voulez-vous prendre un apéritif, Messieurs ? demanda-t-il ayant reculé d’un pas et s’étant figé dans une posture droite, le bras gauche replié sous une serviette blanche parfaitement pliée, la main droite dans le dos.
— Deux coupes, répondit Paul, le regardant à peine. 
Le garçon s’éloigna sans un bruit.
— Je te propose qu’on choisisse les plats, qu’on déguste le champagne et ensuite nous parlerons. Tu sais, je ne t’ai pas fait venir ici uniquement pour manger, nous allons travailler un peu, lança Paul regardant précisément Emmanuel.
Il semblait calme et déterminé, comme certain d’une décision déjà prise mais souriant de toutes ses dents qu’il avait fait blanchir récemment par son dentiste.
— Si vous voulez nous pouvons commencer à parler tout de suite, lui répondit Emmanuel. 
Il avait deviné qu’il ne s’agissait pas d’un repas quelconque depuis que Paul lui avait lancé cette drôle d’invitation :
— Emmanuel, es-tu libre vendredi soir ? Je voudrais t’inviter à diner. Nous serons seuls et j’aimerais que nous parlions un peu de toi. 
Depuis, son imagination avait gambadé et il était prêt à toute éventualité...

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